Season 18

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Friday, November 28 2008

"Le futur est tout sauf l'envers de l'obsolète" - Vladimir Nabokov

Manifesta7, biennale nomade d'art contemporain européenne, s'est tenue en Italie dans le Sud Tyrol, région du Haut Arige – Trentino, anciennement développée et reconnue pour son activité industrielle florissante dans les années 30. Cette manifestation a accueilli des curateurs et artistes au sein d'anciens sites industriels, entre Trento et Fortezza, distants d'une centaine de kilomètres. Par la proposition artistique in situ dans ces lieux abandonnés résiduels de leur histoire et particulièrement dans Ex Alumix à Bolzano, Manifesta7 ouvre une réflexion sur ce que les restes de l'histoire nous disent, non pas du passé mais du temps présent.

Ancienne usine d'aluminium à Bolzano, Ex Alumix est le lieu qui a accueilli le collectif Raqs Media Collective, lequel a invité artistes, écrivains, libraires, curateurs, musiciens, architectes et théoriciens. Raqs Media Collective est un groupe indépendant d’artistes-théoriciens des médias - Jeebesh Bagchi (New Delhi, 1965), Monica Narula (New Delhi, 1969) et Shuddhabrata Sengupta (New Delhi, 1968) basé à New Delhi. Il est fondateur du Sarai, le centre de recherche des médias de la ville. Dans leurs travaux, régulièrement présentés dans les plus grands symposium et rassemblements sur les médias (Documenta XI en Allemagne, Emocao Art.ficial au Brésil), ils manipulent les nouveaux médias et théorisent sur l’espace urbain, les réseaux et la net-culture. Ils écrivent en préface de Index, texte dont je propose la traduction suivante : "Le résiduel est le pivot sur lequel la délicate négociation entre mémoire et oubli s'engage, il est l'arrière goût irrésolu et persistant d'un évènement...qui déclenche le besoin d'extraire et de se faire à l'idée de sa difficile reconstitution . La question de ce qu'il faut faire du résiduel... nous hante en permanence. "1

The air between two women est une installation sonore de l'artiste Anawana Haloba née à Livingstone en Zambie, qui vit actuellement entre la Norvège et les Pays Bas. Elle a réalisé cette pièce en collaboration avec l'artiste vidéaste italienne Francesca Grilli. Anawana Haloba axe particulièrement son travail sur la performance vidéo et sonore. Elle utilise son propre corps comme médium. Invitée aux biennales de Dakar (2006) et Sydney (2008), elle a centré ses recherches sur la place des femmes au sein de leurs contextes social et culturel. L'œuvre proposée à Manifesta7 est la diffusion sonore d'une discussion entre ces deux artistes femmes à propos du mot anglais "residue" (que je propose de traduire comme "le résiduel") en ce qu'il relate une expérience humaine. L'installation sonore a été conçue lors d'une semaine passée sur le site d'Ex Alumix. En outre, elle inclut le témoignage d'un homme anciennement ouvrier de l’usine et nouvellement employé pour l'installation de Manifesta7. Le dispositif sonore est dissimulé dans les sous sols de l’usine, où le visiteur se rend après avoir signé une décharge. Aucun aménagement matériel spécifique en dehors de la diffusion sonore a été conçu. Il n'y pas ni lumière ni d'endroit de circulation particulier. Il est une retranscription fidèle de l'état "résiduel" du site industriel. Générés par l'installation de Manifesta7, les bruits aigus, répétitifs et oppressants sont diffusés à haut volume. Ces sons impressionnent par leur intensité et sont accentués par le lieu froid et noir dans lequel ils sont diffusés. Ils nous donnent à voir par association ce que le lieu ne montre pas. La proposition de souvenirs sonores réactive la partie "résiduelle et obstinée" de l'histoire du lieu. Par le son créé par le travail de l'ouvrier devenu œuvre sonore, Anawan Haloba fait appel à ce que la mémoire malgré elle a généré. Plus qu'une conséquence, ces sons éphémères sont la mémoire de ce lieu. Chacun de nous est un réceptacle de l'histoire par l'empreinte mentale hasardeuse d'un son résiduel. Elle est un autre souvenir de l'expérience humaine. Ce résidu serait "la création d'une réalité fantasmée du passé" Anawana Haloba.1 Rechercher "les restes de mémoire sonore" inconscients les rend singuliers. Le résiduel mental a été le point de départ du travail proposé par Anawana Haloba et me semble aussi le point de départ du lien entre l'usine, lieu puissant et florissant et Manifesta7, manifestation artistique féconde. Les sons résiduels proposés par la pièce d'Anawana Haloba font appel à notre mémoire immédiate et s'inscrivent ensuite dans le devenir de la mémoire de ce lieu après nous.

D'un travail de transformation de la matière naît la valeur extraite et le résiduel. Raqs Media Collective propose de donner vie aux lieux historiques industriels comme mémoire vivante en ce qu'ils sont aujourd'hui féconds. “Enfin, que la dynamite soit et que la poussière retombe. Et une fois que tout sera fini, quand les vestiges du présent auront disparu, traçons une nouvelle carte. Une autre architecture. Plus grande. Comme si rien ne s’était réellement passé. Comme si personne ne se souvenait de rien. Comme si toute trace avait disparu.” Ave Oblivio 2


Références
(1) "Residue is the fulscrum on which the delicate negotiation between memory and forgetting is undertaken, because it is the unresolved, lingering aftertaste of an event that triggers the task of retrieving and dealing with the difficulty of its recollection. The question of what is to be done with residue...haunts us all the time." Manifesta7 Index, Silvana editoriale, 2008
(2) "Finally, let there be dynamite, and then, let the dust settle. And when all is done, when the rest of now is over, let a map be drawn agasin. And another architectural plan. Make it bigger. As if nothing really happened. As if no one remembered. As if no trace was left." Ave Oblivio. Manifesta7 Companion, Silvana editoriale, 2008
X Notes sur la Pratique : Structures et Infiltrations persistantes dans un Monde en Réseaux - Raqs Media Collective
With Respect To Residue - SARAI

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Wednesday, November 26 2008

Roland Groenenboom

ROLAND GROENENBOOM, independent curator.

He started curating his first exhibitions in the early 1990s for Witte de With, center for contemporary art, Rotterdam, where he organised among others the first survey show of the work of Tacita Dean (1997), and the first posthumous retrospective of the work of Paul Thek (1995-97). Between 2000 and 2005, he worked as a curator for the MACBA, Barcelona, where he conceived exhibitions such as Visible World (2000) with Peter Fischli & David Weiss, and a survey show by Raymond Pettibon (Plots Laid Thick, 2002-03, with venues in Japan, France and The Netherlands). In 2003-2004 he organised Possibly Talking About the Same, an exhibition devoted to the collaborative works of Maurício Dias & Walter Riedweg, which travelled from Barcelona to Kiasma Helsinki. Currently, his touring exhibition SONIC YOUTH etc. : SENSATIONAL FIX is travelling through Europe, where it started at LiFE, St Nazaire, France, and which is currently on show at Museion, Bolzano, Italy (until 4 January 2009). It will afterwards travel to the Kunsthalle Düsseldorf, Germany, the Malmö Konsthall, Sweden and the Centro Huarte, Navarra, Spain.

Diane Pigeau : Two of the five scheduled stations of SONIC YOUTH etc. : SENSATIONAL FIX in Europe have already been realized. What importance do you lend to the touring nature of this exhibition ?
Roland Groenenboom : Since it is a big and rather complicated exhibition to put together, and for which the organisation has been a long-term process of working with the band, I thought it would be worthwhile to conceive it as something less temporary than a one-off exhibition on one location. I believe the effort and result deserve this. Itʼs also a challenge to realise it in different spaces and cultural contexts, and to think of it as something organic, in which works could be added or changed for others during the tour. The whole process of organisation with the band has been an organic process of adding and taking off names of the list of artists, selected works etc., so it seems right to continue this way.

DP : Sonic Youth is above all an American phenomenon. Why did you choose Europe as point of departure of this "tour" ?
RG : In a way, it is the same story as with the touring posthumous survey show I organised of the work of Paul Thek (1996-97). Four European institutions were willing to take the show in an early stage of its research and organisation, and thus even without knowing what exactly it would be, as extensive research was necessary to find out what was left of the – in part ephemeral – oeuvre of Paul Thek, what could be shown, and how to show it. Much later, when we knew what the show would look like, there was some interest in the exhibition by an American institution, but they didnʼt take it in the end. Like the work of Paul Thek, the exhibition SONIC YOUTH etc. : SENSATIONAL FIX is probably too much of an unknown territory for American museums, who plan their shows far ahead and seem not too eager to take risks.

DP : Has your meeting with Christophe Wavelet and Corinne Diserens been crucial on this point ?
RG : Presenting the project to them was extremely crucial to get it off the ground. As an independent curator, I had the idea for the show for a while, which met the full approval and collaboration of Sonic Youth. Since then I developed the concept and the core list of artists and works with the band. There was some interest from other European institutions before Christophe and Corinne respectively were named director of LiFE and Museion and contacted me, but those places had different interests in the project than the band and I had, so they fell through. Having worked with Corinne on several occasions in the past, she knew about the project and was very enthusiastic about it and involved Christophe in it to produce and tour it. I couldnʼt have wished better for the project.

DP : Do the concerts given by Sonic Youth in St Nazaire as well as in Bolzano form an integral part of the exhibitionʼs concept ?
RG : Basically, the project consists of an exhibition, a series of film screenings of films selected by the band, and a series of concerts by the band, its individual members with other musicians, and other bands that they propose. I always have been very clear in distinguishing the project from the typical rock ʻnʼ roll exhibitions that have been presented recently. My interest is what cultural influences and collaborations – in music, visual art, design... – come together in Sonic Youth, in the relationships between those cultural producers from different disciplines and stature. It makes for a very interesting mixture of things that have their importance and logic within the context. Beat poetry, avant-garde music and art, Conceptual Art, noise art... it all filters through in the output and collaborations of the band while there still is a balance of these things within the whole. I find this a very exciting way of telling a specific history of contemporary culture of the last four decades.

DP : While the LiFEʼs exhibition opened with the spectacular and unsettling installation of Christian Marclay (Untitled, 1987) with 5000 vinyl records spread out on the ground, the Museionʼs exhibition started with a relatively sparse and aerial space. Then the display is going crescendo from room to room. What fundamental distinctions did you do on the display of these two exhibitions? What does the mobility of the exhibition impose to this question ?
RG : LiFE is a 20 x 80 meters bunker with a high ceiling, converted into a space for exhibition, dance, music and theatre. Museion is a very particular building as well, but it clearly offers a museum context. I am all for using the space in an as natural as possible way, that the space or series of spaces offers the right physical context for certain works and that within these physical conditions you impose a conceptual route that leads you from work to work, in which the connections make sense in an open way and offer the visitor a lead into further contemplation.
At LiFE, I decided to use the same sized and shaped panel, an L-shape, to construct more open and more closed habitats for the works. The interesting thing for me there was that it worked more or less like a derive – you were bound to get lost in the maze of walls and this way got an interesting and ever-changing series of confrontations of works you would encounter in a non-linear way. Thurston Moore recently called the installation at LiFE the ʻguerrilla hangingʼ of the show, which I guess is close to the truth, especially if you compare it with the presentation at Museion.
There the exhibition was divided over three floors. Eventually, we were not going to use the ground floor, as Corinne wanted to present just one big work from the museumʼs collection there. In the end the ground floor worked best for the noisy Reverse Karaoke piece by The Club in the Shadow. Then I decided to hang just few works there as an introduction to some themes present in the exhibition. To connect the floors, I used the landings in the staircases for hanging only few works that would lead up to the next floor, connect one floor to the next. For instance, a monitor with a video of John Cage performing Water Walk was hung opposite of one with Sonic Youth performing George Maciunasʼ Piano Piece #13 (For Nam June Paik). Those would already introduce some idea about dealing with sound, music and noise that you would find on the next floor.

DP : Are there any other confirmed dates outside Europe ?
RG : Confirmed no, interest yes. From the US and Australia for the moment.

DP : Sometimes you mention the « flux » or the « sonic effect » as notions of geographical and historical movement, transversality between the genres, a kind of shock wave applied to the Sonic Youthʼs universe. Could you express your curatorial practice in the light of this notion of « flux » which it seems to me that was already present in Possibly Talking About the Same ?
RG : As mentioned before, itʼs obvious that putting work A next to work B will give the visitor another set of tools to work with while viewing the exhibition than when you put work G next to A, etc. I believe in installing an exhibition the same way you write a story, or maybe better, poetry. I try to not hold on too much to a strictly art historical ordering of works. I am not an art historian and I am not interested in conceiving exhibitions such as the one around Sonic Youth as linear, chronological stories. Itʼs important to surprise yourself as well at times by what is happening between the works on display. To play with contrasts, echoes of what one has seen before...

DP : More generally, do you have a definition of your curatorial position ?
RG : Think I said it all in the above! I tend to get ahead of things and maybe talk too much when I get enthusiastic!

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SONIC YOUTH etc… SENSATIONAL FIX

À l’occasion de notre premier voyage d’études, nous nous sommes rendus du 26 au 29 octobre 2008 dans la région du Sud Tyrol, en Italie où se tenaient la 7ème édition de la biennale Manifesta ainsi que deux expositions, Eurasia au MART de Rovereto et SONIC YOUTH etc… SENSATIONAL FIX au Museion de Bolzano.

Manifesta est une biennale dont le nomadisme dans toute l’Europe, depuis 1996, se nourrit de l’expérience de contextes culturels à chaque fois différents et singuliers. À la question de la mobilité et de l'échange posée, nous avions décidé d'observer avec un intérêt particulier les propositions et dispositifs mettant en relation les arts visuels, la musique et le son, thématique envisagée pour notre futur sujet d'étude. Depuis le site Alumix à Bolzano, avec les pièces de Zilvinas Kempinas, de Hiwa K. ou bien encore de Anawana Haloba/Francesca Grilli, jusqu'à celui de Fortezza où l'ensemble des curateurs ont imaginé une proposition originale focalisée sur le son et la voix, au service de l'architecture et de l'histoire de la forteresse, Manifesta 7 nous a offert matière à interroger les enjeux au cœur de ces relations. L'exposition SONIC YOUTH etc… SENSATIONAL FIX n'était pas en reste.

Il s'agit d'une exposition collective itinérante consacrée au groupe de rock expérimental américain Sonic Youth et ses interactions avec des plasticiens, vidéastes, illustrateurs, photographes, musiciens, écrivains depuis le début des années 80 à aujourd'hui. Le groupe SY est composé de Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley. L'exposition qui lui est consacrée a été réalisée sous le commissariat de Roland Groenenboom et co-produite par Christophe Wavelet pour le LiFE de Saint Nazaire et Corinne Diserens pour le Museion de Bolzano. Selon ces derniers, cette collaboration a été cruciale dans la réalisation de l'exposition, cruciale dans le sens où les expositions consacrées au rock et aux musiques actuelles constituent encore une certaine forme de risque, sorte d'ovni dans le paysage classique de l'art contemporain. Entre 2006 et 2008, certains se sont néanmoins lancés dans l'aventure. On citera P.S.1 Contemporary Art Center de New-York en 2006-2007 avec Music is a Better Noise, la Fondation Cartier prendra le relais en 2007 et 2008 avec l'exposition collective Rock'n'Roll (39-59) puis l'exposition monographique Land 250 consacrée à Patti Smith. La musique et le rock and roll sont enfin simultanément à l'affiche de deux expositions à Montréal, avec Sympathy for the Devil : art et rock and roll depuis 1967 au Musée d'Art Contemporain (précédemment présentée au Moca de Chicago) et Warhol Live au Musée des Beaux-Arts (jusqu'à janvier 2009). D'autres expositions consacrées notamment à la scène punk sont apparues : Replay : la sphère punk au Magasin de Grenoble (Cnac) en 2006 et Punk. No One is Innocent à la Kunsthalle de Vienne en 2008.

L'une des particularités de l'exposition SONIC YOUTH etc… SENSATIONAL FIX tient à son itinérance. Sa mobilité rentre en totale adéquation avec le champ de la musique rock qu'elle explore. Elle s'envisage comme une tournée européenne, aux dates multiples, à laquelle le groupe SY se joint pour des concerts exceptionnels. Le rock est introduit, entre autres, dans l'espace d'exposition au gré des visiteurs qui sont invités à enregistrer leurs propres chansons sur la voix pré-enregistrée de Kim Gordon par l'entremise de l'œuvre du Club in the Shadow (Jutta Koether + Kim Gordon) Reverse Karaoke, une tente aux allures de yourte équipée de tout le matériel nécessaire -une pièce également présente dans l'exposition Replay : la sphère punk citée plus haut-. La scénographie elle-même a été construite comme un répertoire autour des chansons du groupe et de leurs pérégrinations, proposant une traversée de l'Amérique d'Est en Ouest au cours de laquelle différents artistes se joignent au groupe (plus de 100 artistes de Jutta Koether, Richard Prince, Christopher Wool, Alan Vega, à Mike Kelley, Tony Oursler, Jim Shaw, ou Raymond Petitbon, en passant par des œuvres de Vito Acconci, William S. Burrough, Christian Marclay, Richard Kern). Une large place est également faite à la fois à la production artistique des membres du groupe SY et aux archives, qu'elles soient de l'ordre de l'objet avec les guitares, maquettes de couvertures d'albums, affiches, fanzines et photographies, ou de l'ordre de la documentation avec des vidéos et bandes sons. Un pavillon conçu par Dan Graham, composé d'une structure métallique aux parois transparentes, a spécialement été produit à cet effet, ainsi que la création d'une base de données consacrée à SY.

La question de la scénographie revêtait d'autant plus d'importance que l'exposition s'est inscrite dans deux espaces à la fois relativement nouveaux, avec l'inauguration du LiFE en avril 2007 et la réouverture après déménagement du Museion en mai 2008 mais également totalement différent dans leur architecture et leurs missions. L'exposition au LiFE, une ancienne base de sous-marins se revendiquant comme scène internationale des formes émergentes des arts visuels au spectacle vivant, en passant par les musiques nouvelles et des projections, ouvrait cash l'exposition sur l'installation untitled (1987) de Christian Marclay, un tapis de près de 5000 vinyles sans pochettes sur lequel le visiteur devait immanquablement marché pour poursuivre sa visite. La mise en espace du Museion, quant à elle, répartie sur les trois niveaux de ce cube de verre dessiné par le cabinet d'architectes berlinois KSV Krüger Schuberth Vandreike offrait un parti pris radicalement opposé avec une première salle à l'accrochage dépouillé et aérien, composé d'une photographie de Isa Genzken, du banc sonore suspendu de Tony Conrad, de dix fanions également suspendus de Mike Kelley et enfin d'une installation composée d'une rideau et d'une petite peinture de Jutta Koether, soit quatre pièces dans près de 200 m2. L'occupation de l'espace allait ensuite crescendo de salle en salle. L'on retrouve ainsi une nouvelle mise en abîme très fine entre l'identité du groupe, la nature de sa production musicale et la forme de l'exposition, sorte de savant collage aux combinaisons multiples se déployant à l'infini.

Interview de Roland Groenenboom EN

Remerciements à Aurélie Guitton, chargée de la coordination et de la production pour le LiFE et Michael Giacomozzi, chargé des publics pour le Museion.

Calendrier de l'exposition SONIC YOUTH etc… SENSATIONAL FIX :

Kunsthalle de Düsseldorf, Allemagne, (31 Janvier - 10 Mai 2009)

Konsthall de Malmö, Suède, (29 Mai - 20 Septembre 2009)

Huarte Centre d'Art Contemporain, Navarra/Nafarroa, Espagne, (Octobre 2009 - Janvier 2010)

Articles disponibles sur le sujet :

Sonic Youth au Museion de Bolzano : Matador Records

Sonic Youth au LiFE de Saint-Nazaire : Mouvement, Brain Magazine, Fragil.org, Cafebabel.com, poptronics

Interview de Roland Groenenboom par David Daunis pour le Haut-parleur

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Wednesday, November 19 2008

Ceci tuera cela : à la lecture de l'exposition Scenarios à Fortezza/Franzensfeste.

Stazione d'ascolto par Luciana.Luciana
Stazione d'ascolto par Luciana.Luciana

Scenarios était l'exposition qui, à Manifesta7, réunissait tous les commissaires en un lieu, une forteresse construite par anticipation à une nouvelle guerre, jamais prise, jamais attaquée. Dans ce bâtiment devenu lieu de culture, les commissaires ont montré de manière spectaculaire un corpus de dix textes commandés à autant d'auteurs.

De mon voyage à Fortezza/Franzensfeste, je relaterai une plongée en deux temps : le voyage physique de l'exposition et la lecture ultérieure du catalogue (et en particulier le texte des curateurs, Scenarios offered in response to a desire, Adam Budak, Anselm Franke, Hila Peleg, Raqs Media Collective, in Manifesta7 Scenarios, Silvana Editoriale, Milan, 2008).

Voyage

Les différents lieux de Manifesta7 – anciennement usine d'aluminium, palais des postes et manufacture de tabac, étaient tous des bâtiments marqués par leur fonction passée. Cependant, intervenir dans un lieu aussi tragiquement connoté que cette forteresse relevait de la gageure. A son entrée, la pièce de Timo Kahlen, sorte d'énorme cercueil de zinc enfermant un grondement d'abeilles qui le faisait sensiblement vibrer, introduisait à merveille cet édifice totalement vain, voué aux seules craintes, anticipations et spéculations projetées sur lui au cours des siècles. Puis, au fil de la visite et de l'écoute des pièces, l'expérience physique primait encore. Le dépouillement du site, la présence des voix comme incarnations des textes, le froid de cette journée d'octobre, tout amenait au recueillement et renvoyait à la désolation de ce symbole et de ses secrets.

Dans leur texte, les curateurs évoquent la tour de Babel. La traduction est l'outil qui permet la migration des mots. En effet, chaque texte est présenté dans l'exposition comme dans le catalogue en trois langues (anglais, allemand et italien). Deux systèmes étaient employés à cette fin au sein du dispositif mis au point à Fortezza/Franzensfeste : "Trouvez votre langue" (trois salles en enfilade diffusaient la même pièce sonore simultanément) et "Attendez votre langue" (les textes se succédaient dans le même appareil). Cette méthode, qui permettait d'éviter les interférences, utilisait en outre les murs épais de la forteresse comme des frontières entre ces langues. Dans ces larges espaces identiques, le public se répartissait par nationalités. Parmi les pièces qui se distinguaient de ce procédé, celle d'Adriana Cavarero, un dialogue reprenant l'allégorie de la caverne, donné à écouter à travers les fenêtres, des hauts-parleurs y étant directement fixés. Le récit nous entraînait de salle en salle, d'ouverture en ouverture, dans l'immense dernier étage du bâtiment. La pièce d'Arundhati Roy, placée en extérieur, utilisait la stéréo des casques audio pour transmettre des sons de foule et de pas sur un sol semblable à celui que nous foulions. Il semblait qu'un public de fantômes était là, derrière soi, écoutant la harangue de l'acteur qui avait prêté sa voix. Peut-être pas pour les apparences, comme le dénonce vertement l'auteur, nous avons acheté le catalogue et en faisons la lecture à notre retour à Grenoble.

Lecture

La lecture, a posteriori, de l'anthologie des textes, accompagnée de la note d'intention des commissaires et des photographies d'Hélène Binet, provoque naturellement un retour mental dans la forteresse. Hors ses murs, hors le nivellement apporté par la dramaturgie de Ant Hampton, la disparité des scénarios venant de Delhi, Ljubljana ou New-York s'accentue. Renée Green - qui cite Michel de Certeau en exergue de son propre texte - nous somme de faire ce nouveau voyage en s'extrayant des contingences physiques de la lecture : "imagine ceci, où que tu sois et qui que tu sois". Il est question de s'échapper de cette forteresse et de ses semblables pour suivre les différentes voix des auteurs. Le témoignage défie la séquestration, comme le rappelle cette autre pièce de Margareth Obexer narrant sous forme épistolaire l'odyssée d'une migrante. La réunion de dix textes migrateurs dans la forteresse, zone de transition géographique en cours de mutation, a nécessité l'enregistrement et la retransmission de voix qui se font réification de ces textes. Dans le souvenir et dans le livre, ces voix feront écho alors que la Forteresse aura trouvé sa place dans le Patrimoine de la région Sud Tyrol.

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Tuesday, November 18 2008

The Aquatic invasion of the Pirate Bay

Aquatic Invasion - Thomas Meinecke S23M - Piratbyran
From left to right: Aquactic Invasion by Thomas Meinecke / Please join the party by Piratbyrån

Rather doing a general report on Manifesta and this year's edition, I would like to share some thoughts on two different works shown in two separate places during the event. The first one is titled Aquatic Invasion, a sound installation by Thomas Meinecke shown in Fortezza/Franzenfeste as a part of Scenarios, the collaborative project conceived by the three curatorial teams of Manifesta7. The second one is Please join the party by Piratbyrån shown in Ex-Alumix in Bolzano as a part of The Rest of Now exhibition curated by Raqs Media Collective.

Thomas Meinecke is a German DJ, musician and writer born in Hamburg in 1955. Between 1978 & 1986, he contributes to different publications such as the avant-garde magazine Mode und Verzweiflung and the weekly newspaper Die Zeit. In 1986, Suhrkamp Verlag publishes his first book, a short-story collection titled Der Kirche ums Dorf.

Piratbyrån (the Bureau of Piracy) is defined to be a group of theorists, artists, consultants, activits and pranksters in Index1, even though they tend to define themselves not as an organization, but as a series of ongoing conversations which bring up different kind of activities since 20032. These conversations are reflections on different topics such as copying, information structure and digital culture. They might be best known for starting up The Pirate Bay, a long-running project of performance art which became the biggest BitTorrent tracker worldwide, counting more than 25 million registered users. The name Piratbyrån is a kind of parody related to Antipiratbyrån (The Bureau of Anti-piracy), a non-governmental content industry-based Swedish anti-piracy organization.

The display of Aquatic Invasion - even though there was nothing much to see - was quite attractive and interesting: the sound was literally being broadcasted from the underground by a speaker buried in the clay. At first glance, this scenario seemed to have two parts: the first part related the complex cultural and political dimensions of commerce/slave ships during the 18th century, quoting among others "the poetics of the Black Atlantic world"3. The African slave trade was outlawed in 1807, by a law passed jointly in the U.K. and the U.S.A. The law took effect on January 1, 1808. After that date, all US and English slave ships leaving Africa were legally pirate vessels subject to capture by the American and British navies. After a minute of listening or so, Meinecke would shift the scenario towards another important era of the afro-american diasporic culture by leaping to the early 1990s Detroit Techno scene by mentioning records produced by Drexciya and published through Underground Resistance, such as Deep Sea Dweller, Aquatic Invasion, Aquabahn and Danger Bay, which had obvious connections with the first historical part. Underground Resistance (UR) is the most militantly political Detroit techno label founded in 1989 by Jeff Mills and "Mad" Mike Banks. They define themselves as a label for a movement that wants change by sonic revolution to combat the mediocre audio and visual programming which is stagnating the minds of the people and building a wall between races and preventing world peace4. The term Drexciya itself represented a myth comparable to Plato's Atlantis, an underwater country populated by the unborn children of pregnant African women thrown off of slave ships that had adapted to breathe underwater in their mother's wombs. As Meinecke specifies in his scenario, the use of mythological or sci-fi narratives existed for a long time to heighten the dramatic effect in afro-american music (from Sun Ra to Red Planet) but according to Kowdo Eshun5 Drexciya brought this extraterrestrial idea back to Earth and therefore made "the sub-Atlantic theory of the slave abduction frighteningly plausible". If the existence of drexciyans is plausible, then one might ask itself where they might be and what they might do now?

Please join the party was consisting of a messy post-hippie bus parked in an old aluminium factory. The bus left Sweden for Italy (a country where the Pirate Bay is currently banned) to join Manifesta7 on July 23, 2008. During this journey, members of Piratbyrån organized a workshop in the bus, whose aim was the formulation of a new collaborative statement based on their experiences of the recent Scandinavian conflicts over copyright while making pit stops in different cities such as Malmö and Berlin. Upon arrival, they threw a party - or made an assault6 - with among others Jem Noble. After their arrival and the party, they left the bus behind with a statement and a road-movie summarizing the workshop. This project, nicknamed S23M by Piratbyrån (System 23 Modified) is defined as being focused on nomadism, temporary communities, linking online & offline worlds and inclusion & exclusion. The actual system of the S23M is an old, modified and decorated city bus, slowly transporting the participants from site to site, creating a closed community during the journey. On the bus there is no Internet connection, but there are 100 mix tape cassettes, 23 special fanzines, a mystical barometer, and a game of go, just to name a few things. This bus trip is an experiment, trying to figure out what will happen when an online-based community is enacted within limited physical space, where participants must somehow spend over a week together, facing unknown settings, hierarchies and languages, and forming a provisional community7. Currently, Manifesta7 is over and the Pirate Bus is on the road again. Destination: eastern countries. Piratbyrån will take part in haip 08, an art & hacking festival in Ljubljana. Then, the Pirate Bus will hit the city of Belgrade, in order to participate in the 49th October Salon: Artist-Citizen - Contextual Art Practices curated by Bojana Pejic. Apparently, the future of the Pirate Bus is an open question like the Piratbyrån itself.

Piratbyrån and Underground Resistance might use different tools to subvert different paradigms. Underground Resistance is an anti-mainstream media whereas Piratbyrån is a black hole for the mainstream media. But they are politically-engaged at the same level, locally and globally: Underground Resistance publishes music in order to spread its message all over the world while contributing to the welfare of the disenfranchised youth of Detroit's suburbs, whereas Piratbyrån pushes the boundaries of Swedish copyright laws while freely sharing information and culture all over the Internet. As Jeffrey Adams writes about Hellblau, one of Thomas Meinecke's recent books, "globalization requires a rethinking of all boundaries and systems, then a remixing of categories to produce hybrid identities capable of sustaining a much higher level of intersubjectivity"8. For the first time in history, maybe it's high-time for the drexciyans to join up the pirates - their previous own worst enemies for centuries - to finally make the world a better place for the entire human race.


References
(1) Manifesta7, Index, SilvanaEditoriale, 2008
(2) Piratbyrån
(3) The Black Atlantic: Modernity and Double Consciousness, Paul Gilroy, Harvard University Press, 1993
(4) Underground Resistance
(5) More Brilliant than the Sun: Adventures in Sonic Fiction, Kodwo Eshun, Quartet Books, 1998
(6) Undeground Resistance qualifies live appearances as assaults.
(7) /haip/
(8) Thomas Meinecke. Hellblau, World Litterature Today, Jeffrey Adams, Spring 2002

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