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My questions
Design pour le confort


Interview avec le designer Mathieu Lehanneur




Lucia Pesapane : Tu as déclaré dans une interview que « Le design intègre la création artistique, mais il permet aussi d’agir sur nos façons de vivre”. A quels types de besoins tes produits répondent-ils au sein de la société contemporaine ?

Mathieu Lehanneur : Les besoins n’ont pas changés. Il est même étonnant de constater à quel point les sociétés se sont transformées et se transforment encore et que les besoins premiers n’évoluent pas. Comme toujours nous avons besoins d’air (« O »), d’eau (« eAu »), de lumière (« K »), de nourriture, de sexe. Je ne traite pas d’autres besoins, et je n’en crée surtout pas. Je tente juste d’élargir le spectre des interventions possibles au-delà d’un « s’assoire / manger / dormir ».

LP : Ta conception du design comme vecteur de progrès social, ayant ainsi de lourdes responsabilités, te pousse à utiliser quel type de lexique formel ? Quelle valeur assume l’esthétique du produit ?

ML : Il n’y a pas selon moi de notion de « progrès social » dans mon travail. Les besoins et les necessités demeurent, seuls nos moyens et les outils pour y repondre evoluent réelement. Lorsque je propose un objet comme « dB », capable de nous préserver de toute agression sonore, je n’invente ni nos désirs de calme et d’appaisement, ni l’agression sonore elle-même. Je me glisse entre ces deux réalités. En ce qui concerne la question de la forme, ma préocupation est moins sa valeur esthetique que sa capacité à matérialiser et à rendre intelligible ce qui ne l’est pas toujours. Un objet comme « K », capable de capter electroniquement et de façon extremement précise la quantité de lumière absorbable par un individu doit, en termes de forme restituer visulement cette ultra-sensibilité à l’environnement extérieur. La forme en ce sens, est une émergence visible d’un fonctionnement caché. C’est « le fond qui remonte à la surface » comme disait Charlotte Perriand, je crois.

LP : Certains de tes « Objets Thérapeutiques » ou de tes « Eléments » ressemblent plus à des produits d’un laboratoire scientifique qu’à ceux d’un studio de design. A ton avis, est-ce que cette mutation est représentative de ce que sera le design dans les prochaines années ?

ML : Les « objets thérapeutiques » se réfèrent beaucoup moins à l’univers et à l’esthetique scientifique que les médicaments disponibles aujourd’hui sur le marché. Entre une ventoline et le « Troisième poumon » ou entre une plaquette d’antibiotiques sous blister et les « Antibiotiques par strates », je ne suis résolument pas du côté de la science et de son esthetique mais bien du côté de la perception et de la psychologie du patient. Ces objets s’attachent au contraire à ramener le médicament, le traitement et la maladie dans une réalité quotidienne vécue. Plus domestique que médicale, plus psychologique que chimique. Concernant les « Eléments », les référents esthétiques sont sans doute plus scientifique. Je voulais en effet « déshabiller » suffisement les dispositifs et les systèmes mis en place (émission d’oxygène, diffusion de bruit blanc, nébulisation de Quinton) pour qu’on les comprennent immédiatement. Cet aspect « laboratoire » dont vous parlez, c’est cette mise à nu, ce décapotage.

LP : « Moulures utiles » est un système de quatre éléments qui a aboli tout signe décoratif en s’approchant ainsi de certains résultats de la sculpture Minimale, et par ailleurs trois de tes « Eléments » ont été achetés par le Frac Ile-de-France et ont récemment été présentés dans l’exposition « Sudden Impact » au Plateau. Est-ce que tu t’intéresses aussi au champ artistique ? Je pense par exemple aux scénographies que tu as créées ?

ML : Le champ artistique fait effectivment partie de mes nourritures. Je pense à un Damien Hirst ou un Carsten Höller, mais mes interventions comme designer d’expositions ont d’autres motivations. Que ce soit pour la Fondation Cartier ou actuellement pour le MUDAM à Luxembourg j’aime cette liberté qui m’aie donné de me réapproprier ce qui est à exposer pour en donner une lecture possible. Le design d’exposition n’est pas selon moi l’art de servir le contenu mais plutot de le tordre, parfois avec violence. Nous sommes assez proches d’un fonctionnenement de metteur en scene de théatre, ou d’adaptation cinematographique. Aucun ne sert l’autre, ni ne s’y soustrait. Chacun prend la parole.

LP : En quoi consiste le projet des restaurant FLOOD ? Fait-il lui aussi partie du concept de « design utile » que tes produits représentent ?

ML : L’histoire des restaurants FLOOD est une rencontre avec un entrepreneur-traiteur-cuisinier. Il souhaitait que je lui conçoive le design intérieur de cette nouvelle enseigne : une chaine de fast-food de qualité. Je souhaitais pour ma part que la nourritue existe au-delà de l’assiette et alimente également nos poumons par la qualité de l’air. Presque un an plus tard, nous nous apprêtons à ouvrir trois lieux simultanément à Paris (ouverture fin février 2007). Comme je l’avais precedement expérimenté, c’est la Spirulina Platensis (micro-algue) qui à permis de faire coincider nos desirs respectifs. Miraculeuse en matière de production d’oxygène par photosynthèse, et de richesse nutritive la Spiruline sera présente à la fois dans d’énormes générateurs d’oxygène et dans les assiettes où elle sera intégrée à certaines recettes.

LP : Peux-tu nous parler de tes futurs projets ?

ML : Cela porte souvent malheur de trop parler des choses avant qu’elles n’existent. Mais je suis plutôt épanoui…



M.Lehanneur, FLOOD, rendering, 2007.

Cet article a été publié dans la revue Archistorm, mars/avril 2007.
Lucia Pesapane



 

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