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18 OCT / SESSION III
The Curator and the Critic : Parallel Training
Le commissaire et le critique : une formation parallèle
Conférence de Jean-Pierre Cometti (France)

- Jean-Pierre Cometti, France : L’expérience du jugement critique


Jean-Pierre Cometti aborde la question de l’évaluation critique et de son rapport à la philosophie. Son propos est de remettre en cause la primauté de l’approche philosophique sur les modalités du jugement.

Dans un premier temps, il analyse l’antinomie entre la théorie de Kant et celle développée par Hegel. Les bases de la critique de la faculté de juger ancre le jugement de goût dans un rapport subjectif. La dimension émotionnelle est primordiale et donne une grande importance au libre jeu des facultés sans pour autant empêcher l’accès à la modélisation théorique et au concept, qui interviennent dans un second temps. Ce second mouvement permet justement d’accéder à l’universalité. Cette dialectique présente dans la pensée kantienne est fondatrice de la modernité ; ce n’est pourtant pas elle qui a influencé les théories de l’art et les principes fondateurs de la critique d’art. Dans ce champ, on marche plutôt dans les traces de la classification de Hegel qui entendait hiérarchiser les manifestations de l’art en fonction de leur capacité à se rapprocher de l’Idée, scellant pour longtemps le privilège de la philosophie, de l’élévation de la pensée, sur le jugement de goût. D’un côté l’idée d’un art à aborder dans sa littéralité, facteur d’expérience et de plaisir ; de l’autre, l’art comme figure de l’Esprit qui accorde ainsi un privilège d’accès à la philosophie.

Il va donc s’agir d’affranchir la critique de la philosophie. Cometti trouve dans l’univers kantien ce qui permet de renoncer à cette vision séculaire de l’art : un jugement de goût de nature descriptive et évaluative (ou déterminante et analytique). Les philosophes anglo-saxons tels Nelson Goodman ou John Dewey proposent également un prolongement de cette investigation : ils considèrent que toute œuvre d’art est inconcevable sans le contexte social et public qu’elle présuppose et dans lequel elle s’inscrit. Particulièrement le discours sur l’œuvre, la critique, est également déterminant. Concernant le jugement, il est donc prioritaire sur la philosophie qui, par sa dimension normative ne peut servir de base.

Dans cette optique, et pour éviter de tomber dans l’arbitraire et l’aléatoire, les ressources de la critique peuvent être imaginées comme telles :
– approche descriptive et sémantique (ce qui se voit, ce qui s’entend),
– approche évaluative (la production de sens s’inscrit dans un système de valeurs),
– approche transactionnelle (continuité des processus d’échange au sein d’un contexte entre un organisme et son milieu)
– approche philosophique (qui s’établit en étape ultime).

Cometti préconise une philosophie minimale, modeste et non pourvoyeuse de concepts prêts à porter. Il privilégie l’expérience au détriment de l’analyse philosophique et redonne au critique la primauté en ce qui concerne l’appréhension de l’art de son temps. Sa démonstration, très structurée, propose de s’appuyer sur une confrontation directe aux œuvres et d’accéder ensuite aux niveaux conceptuels et philosophiques.



Jean-Pierre Cometti : Professeur de philosophie à l’Université de Provence, directeur de collection pou l’édition et traducteur. Auteur de nombreux ouvrages sur Musil, Wittgenstein, sur l’esthétique et la philosophie anglo-saxonne, sur l’art et ses conditions théoriques contemporaines et sur la critique.


François Aubart
Fabien Pinaroli


 

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